Mardi 10 février 2004 - après 15h : Je déambulais entre les rayons de philosophie, de psychologie et d’art de vivre de la bibliothèque à la recherche d’un livre qui me livrerait les clés du bonheur, du succès et de la chance, ou d’un livre qui m’expliquerait mes angoisses, mes tristesses, et surtout qui me donnerait la recette du gâteau à croquer pour exorciser ces états d’âme... Je tirai un livre dont la tranche comportait le titre
Les Ennemis intérieurs.
Voici ce qu’indique la quatrième de couverture :Fiona passe entre cinq et six heures par jour à ranger son appartement. Norbert ne supporte pas que les tableaux soient un peu de travers ou qu’il y ait le moindre grain de poussière sur son bureau. Quant à Gabrielle, elle a tout simplement arrêté de conduire, car elle redoutait d’accrocher un piéton par mégarde.
A partir de nombreux cas cliniques, Jean Cottraux démonte les mécanismes de la pensée obsessionnelle. Pourquoi devient-on obsédé par la saleté, l’imperfection, le risque d’accident ou l’idée de faute ? Que faire quand la lutte contre ses propres pensées tourne au calvaire quotidien et paralyse la totalité de l’existence ? Comment modifier son comportement pour retrouver des activités plus créatives ? Bref, comment faire la paix avec soi-même ?Certes, je ne passe pas des heures à faire le ménage, mais je suis une véritable maniaque de la propreté (du moins, en ce qui concerne ma chambre...). Certes, je ne suis pas perfectionniste, mais j’ai un goût très prononcé pour le travail bien fait... Je regardai la couverture représentant l'
Autoportrait de Renato Guttuso... Une main crispée sur son épaule, la tête reposant dans l’autre main, la cigarette à la bouche, un regard trahissant l’agacement... Ce portrait est déprimant, c’est comme si le peintre avait voulu nous communiquer sa lassitude face à la vie... J’empruntai ce livre, par curiosité.
Le livre traite des troubles obsessionnels-compulsifs (TOC), des troubles caractérisés par des idées et des comportements répétitifs et gênants, le sujet ayant conscience du caractère anormal de ses troubles mais ne pouvant les contrôler. Après maintes et maintes pages d’historique, de présentation et d’anecdotes relatées par différents psychiatres, je découvrais quelles personnalités étaient susceptibles de présenter des TOC. Parmi elles, les personnalités paranoïaque, antisociale, borderline, histrionique ou hystérique, narcissique, évitante, dépendante, obsessive-compulsive et passive-agressive.
L’auteur ne s’est attardé que sur deux types de personnalité pathologiques car, selon lui, posant des problèmes thérapeutiques plus difficiles quand ils sont associés aux TOC. Il étudiait donc la personnalité obsessive-compulsive et schizoïde. Mon attention fut portée sur l’analyse de la personnalité obsessive-compulsive...
Les critères DSM-IV de personnalité obsessionnelle-compulsive considèrent que le sujet doit présenter constamment et depuis l’adolescence au moins cinq manifestations dans la liste suivante.
Critères de personnalité obsessionnelle-compulsive (DSM-IV) :
1. Souci exagéré du détail au dépens des buts.
2. Perfectionnisme qui entrave l’achèvement des tâches.
3. Zèle excessif au travail au détriment des loisirs et de l’amitié.
4. Scrupules et rigidité en matière de valeurs éthiques et religieuses.
5. Incapacité à se séparer d’objets usés même s’ils n’ont pas d’utilité ni de valeur sentimentale.
6. Réticence à déléguer ou à travailler en groupe. Cherche à soumettre les autres à son point de vue.
7. Avarice et thésaurisation en vue de catastrophes futures.
8. Rigidité et entêtement.Je fronçai mes épais sourcils. Sur les huit critères, j’en présentais six !... Celso, auquel je racontai cela le lendemain de cette lecture, me tapota gentiment l'épaule en se fichant de moi... Je poursuivis ma lecture.
Le "compulsif" craint ses propres émotions et évite les pensées et les situations susceptibles de les faire naître. Sa relation avec les autres se veut conduite par la raison. Sobre, concis, précis, ordonné, méticuleux, entêté, économe, minutieux, il passe souvent pour radin ou froid.
La pédanterie est souvent apparente. Elle peut se traduire dans le style verbal plein d’onction et de retenue. Détachant ses syllabes, parlant par proverbes ou par clichés qu’il profère comme des vérités premières, le compulsif fait étalage d’un savoir inutile et fastidieux pour ses auditeurs. Ses récits sont de longs récitatifs. Il n’est pas adapté à un auditoire pressé d’arriver rapidement au fait ou aux psychiatres qui expédient leurs patients en quinze minutes. Son style écrit est correct, parfois académique, et toujours châtié. Il fera une scène à sa secrétaire pour une virgule en moins, alors que son style épistolaire mesuré et pompeux indispose ou fait rire ses correspondants.
Le compulsif a du mal à avoir une pensée mobile, à passer d’un sujet à un autre ou à effectuer des associations d’idées. Le plus souvent, il reste obstinément sur un sujet.Je demeurai pensive. Je ne réponds pas de tous ces critères, mais j’en remplis la plupart... Il est écrit plus loin que la personne compulsive aura des difficultés à vivre en couple, à moins... à moins de trouver la complémentarité avec une personne... hystérique...
Fort heureusement, vers la fin du livre, l’auteur a eu l'intelligence de reproduire les
critères du TOC selon le DSM-IV... que je ne remplis pas cette fois-ci. Evidemment, ce n'est qu'à la fin qu'on ne peut découvrir si on souffre de TOC ou non, sinon c'est pas drôle...
A l'issue de la lecture d'un tel livre, j'en suis arrivée à conclure qu'on pouvait être obsédé sans présenter de troubles, que je faisais partie de la population compulsive-obsessionnelle mais qu'après tout, c'est pas si moche puisque je ne présente pas de TOC, et que mon bonheur se trouvait dans la population hystérique... Croire ou ne pas croire, telle est la question...
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noctuelle